[Chronique] Pourquoi j'aime Liège-Bastogne-Liège ?

[Chronique] Pourquoi j'aime Liège-Bastogne-Liège ?

crédit photo : aso

 

Liège – Bastogne – Liège ! Le plus célèbre aller-retour du cyclisme ! Un des cinq monuments ! Plus de cent ans d’histoire parsemée de batailles homériques et d’exploits légendaires ! Une des victoires les plus prestigieuses de l’année jugée au terme d’un parcours magnifique ! Mais aujourd’hui, la doyenne pâlit par la faute d’un spectacle de plus en plus stéréotypé, loin de ce qu’elle nous offrait jadis. Aujourd’hui, les organisateurs, ne semblant pas prendre la mesure du problème, l’aggravent par des choix douteux comme l’introduction en 2016 d’une côte pavée placée à quelques encablures de l’arrivée. Aujourd’hui, j’ai mal à ma doyenne. Que tu étais belle, toi qui finissais au centre-ville et non dans l’horrible zone dénuée d’intérêt d’Ans ! Que tu étais belle, toi qui obligeais les favoris à durcir et à attaquer de loin ! Que tu étais belle, toi qui te jouais dès la trilogie avant de trouver ton épilogue dans la Redoute ! Oh oui, qu’est-ce que tu me manques ma doyenne !
Néanmoins, laisse-moi expliquer pourquoi ton parcours reste l’un des plus beaux de l’année.

Il est 6h30, le ciel est dégagé et le soleil commence à se lever. Après 4 mois de préparation intense où je n’ai pensé qu’à toi, c’est parti pour 280 km. En route pour prendre le départ de ma doyenne, celle du centenaire. Nous rejoignons rapidement le lieu de ton départ officiel au pied de la côte non répertoriée d’Embourg. Le peloton international est compact et le rythme déjà élevé. D’emblée, il y a de nombreuses cassures. Nous passons devant la maison natale de Philippe Gilbert à Remouchamps et empruntons la très longue montée vers Manhay. Près de 20 kilomètres d’ascension et de faux plats montant. C’est déjà dur ! Tu sais t’y prendre… S’ensuit une succession de bosses, toutes non répertoriées bien sûr.

Kilomètre 80, il est 10h00, nous abordons ta première difficulté officielle, la côte de La Roche en Ardennes. Déjà 1000 mètres de dénivelé positif au compteur et nous poursuivons à travers tous tes casse-pattes pour aller faire demi-tour à Bastogne. Il fait beau, il commence à faire chaud.

Kilomètre 140, il est 11h30, nous entrons dans le vif du sujet avec l’ascension de la terrible Côte Saint Roch et son passage à 18 %. Le public, venu nombreux, nous encourage dans cette ruelle étroite où tu aimes nous voir souffrir. Tu m’obliges à y laisser beaucoup d’énergie alors que d’autres y laissent carrément leurs illusions. Il reste encore 135 km et quasiment toutes tes difficultés majeures ! Ça promet ! Mais tu ne nous accordes aucun moment de répit, la route vers Wanne est loin d’être facile avec les faux plats et les nombreuses petites côtes. On dépasse allègrement les 2500 mètres de dénivelé positif. Les paysages verdoyants sont magnifiques ! Quel plaisir de faire du cyclisme en Ardenne.

Kilomètre 180, il est 13h. Nous abordons la trilogie, l’un de tes lieux les plus mythiques, où tant de champions ont construit leurs victoires. On vibre ! On stresse ! Que va-t-il se passer dans ce lieu qui a créé ta légende ? Vas-tu nous laisser passer ? Wanne, la première des trois se monte au train. Les pourcentages ne sont pas affreux, mais cela fait déjà 180 km que l’on roule. Tu m’épuises… Et tu nous empêches de nous reposer, coquine… Voilà déjà le monstre, l’immonde Stockeu. Pas de bluff possible, c’est chacun pour soi. Pfff, tu nous pousses dans nos retranchements et c’est un sacré défi que tu nous imposes là. Impossible de ne pas penser à tous ces grands coureurs passés ici ! La stèle au sommet nous rappelle d’ailleurs que Merckx est toujours ton roi. Tu sais, moi, je n’aspire qu’à être ton valet…

À nouveau, tu ne nous laisses pas souffler ! Trois minutes à peine après avoir eu la joie de nous hisser au sommet du Stockeu, l’effort reprend de plus bel avec la Haute Levée. Je suppose que les pavés au pied sont juste une de tes petites espiègleries ? J’apprécie l’intention ! Mais bon, ça suffit, j’ai une côte à monter moi ! Et je vois que tu m’as encore réservé une bonne surprise. Dire qu’à la télévision ça paraît si facile ! Mais là, il y a de la pente bordel ! Puis les faux plats dans le vent ! Mais quelle horreur !!! Au secours, je n’en peux plus ! Ça fait une heure que je me crève dans ta trilogie ! Il reste encore 85km ? Non ? Tu déconnes ? Tu veux avoir ma peau ?

Kilomètre 200, il est 14h30. Plus de 3000 mètres de dénivelé positif avalés. Le Rosier se dresse devant nous. Je suis vidé avant de commencer. Ça va être un sale moment. La pente n’est pas rude mais sa constance n’offre aucun répit à un cyclo comme moi. Je suis épuisé. Chaque coup de pédale est une épreuve. Arrgghhhhh, tu m’as eu ! Je n’y arriverais pas ! Tu es bien trop forte pour moi ! Dire que je rêvais tant de toi ! Mais non, va te faire f**** !!! Je ne vais pas te lâcher comme ça ! En avant ! On t’aura bien méritée !

Le sommet ! Ouiiiiiiii ! Ça c’est fait ! Tu vas enfin nous laisser récupérer un peu à la faveur de la longue vallée vers Remouchamps. Qu’est-ce que ça fait du bien ! Sincèrement merci pour ces 20 kilomètres de transition où l’on a même le temps de penser à ce que tu nous réserves pour la suite et au fait qu’arriver ici est une simple formalité pour les professionnels depuis qu’ils ne lancent plus les hostilités de loin.

Kilomètre 230, il est 16h. Il est temps de passer aux choses sérieuses, on commençait presque à s’ennuyer nous ! Mythe parmi les mythes cyclistes, la célèbre Redoute nous attend. Je suis prêt à t’affronter ! Les caravanes sont fidèles au poste dans la première partie et nous encouragent mollement. Merci de nous rappeler qu’on roule nettement moins vite que les pros. Mais puisque le décor est planté pour leur course officielle du lendemain cela ne m’empêchera pas de m’imaginer dans leur peau. « Laurent, je vois qu’Alexstru est idéalement placé dans la roue de Franck vandenbroucke qui se trouve lui-même dans celle de Boogerd. Tout à fait Thierry. Ça va être du grand spectacle cette Redoute ! Attaque ! Attaque de Michele Bartoli juste avant le passage le plus difficile Laurent ! Il creuse, mais derrière on ne s’affole pas. Contre ! Contre de Vandenbroucke ! Il revient à la hauteur de Bartoli qui relance ! Ils sont côte à côte ! Quel incroyable duel ! ATTAQUE !!! ATTAQUE d’Alexstru dans la rampe finale !!!! Il prend 10 mètres, 20 mètres ! Ça y est ! Il est parti pour la gagne Thierry ! ». Bon, en vrai, on fait moins les malins…

Kilomètre 250, il est 16h45. Pour ton édition du centenaire, tu nous offres ce qui était jadis ta dernière côte, le Thiers des Forges. Merci doyenne ! Merci pour tout ! Mais tu sais, avant, ils allaient au centre-ville après ceci les coureurs. Moi, il me reste encore deux très gros morceaux. Enfin, merci quand même. Mais j’espère que tu ne t’attends pas à ce que je fasse le spectacle ici ! Il fallait choisir ! Puisque tu concentres tes difficultés sur la fin, tant pis pour toi ! Tu attendras. Je me réserve pour la fin!

Kilomètre 255, il est 17h15. La voici ta dernière trouvaille, la côte de la Roche aux Faucons. C’est vache ! Dès le pied, c’est très dur. On arrive complètement cramé sur le petit replat qui avait vu l’attaque des deux Schleck et de Gilbert en 2011. Comment ils font ça ??? Nous, on souffle puis ça repart de plus belle. 12, 13, 14 %. Non mais ! On s’en fout ! Oui tu nous fais souffrir atrocement. Mais tu ne crois quand même pas que tu vas nous avoir à 25 kilomètres de l’arrivée ? Tu peux toujours rêver. Tu en as eu l’occasion dans le Rosier, il fallait en profiter ! Sommet en vue ! Ah non, tu nous offres le dessert ! C’est gentil. Il n’est pas mal d’ailleurs. Cette deuxième partie non répertoriée de la Roche aux faucons est parfaite pour attaquer. Bon, moi je me contente de terminer.

Kilomètre 270, il est 17h45. On tient le bon bout ! On en a presque fini avec toi. Excuse-moi doyenne, mais c’est vraiment chez toi ici ? Ce n’est pas très joli la côte de Saint Nicolas et ses alentours. N’est pas la gare Calatrava qui veut. Moi qui rêvais de traverser Liège et ses trésors architecturaux. Mais bon, puisque tu préfères me faire souffrir une dernière fois plutôt que de me faire visiter la ville, vas-y, je suis à toi. Profite une dernière fois. Rarement kilomètre n’aura été si long, si pénible mais penser à toutes les attaques qui ont eu lieu ici ces dernières années permet de faire passer le temps. « Attaque Laurent ! Attaque de Vandenbroucke exactement là où il avait dit qu’il le ferait ! Contre d’Alex…. ». Oh, stop ! Ça suffit ! Non, on ne rêve plus d’être pros ici ! On est en passe de réaliser notre propre histoire. C’est largement suffisant !

Kilomètre 275, il est 17h55. 4500 mètres de dénivelé positif au compteur. On arrive au pied de la toute dernière difficulté, la bosse finale d’Ans. C’est l’euphorie. La grosse période de doute du Rosier est loin derrière et tout n’est que plaisir. Chaque coup de pédale me rapproche du graal absolu. J’ai tellement rêvé de ce moment que je suis presque déçu que ce soit déjà fini. J’en reprendrais bien un peu ma chère doyenne. Bon, ceci dit, comme tu ne lâches rien, c’est une vraie côte que tu nous as réservée pour la fin. C’est tellement gentil ! Mais la prochaine fois, choisis un autre théâtre pour mes exploits s’il te plaît. La station-service, le carrefour et le Pizza Hut, ce n’est pas le top comme endroit pour concrétiser un rêve. Je préfèrerais le Boulevard de la Sauvenière ou la Place Saint Lambert.

Kilomètre 280, il est 18h. C’est fini. Quel bonheur ma doyenne !!! Merci ma doyenne !!! Tu es la plus belle ma doyenne !!! Qu’est-ce qu’on s’aime ma doyenne !!!

 

Chronique réalisée par Alextru

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